Le monstre de la mémoire – Yshaï Sarid

Le monstre de la mémoire – Yshaï Sarid

Un jeune professeur d’histoire défend, presque par hasard, une thèse qui traite des « méthodes comparatives d’extermination dans les camps de la mort au cours de la Seconde Guerre mondiale ». Il en tire un double bénéfice : sa thèse deviendra un livre et il sera repéré pour accompagner des jeunes Israéliens en Pologne au cours de « voyages de la mémoire ». Il décide alors de faire un long compte rendu de son expérience sous forme d’une lettre qu’il écrit au président de Yad Vashem (l’Institut international pour la mémoire de la Shoah, situé à Jérusalem).
Le guide-historien-narrateur est inépuisable, intarissable, sa science en la matière est sans limite, exhaustive, il se montre dans ses explications d’un pointillisme si exigeant qu’il en paraît lui-même dénué d’émotions.
En face de lui, des ados gâtés, sans culture, qui chantent et dansent sur le sol martyre de Sobibor, sur la cendre de Belzec, sur les charniers de Birkenau et qui osent dire que c’est ainsi, chez eux, qu’ils devraient traiter les Arabes, que ce ne sont pas eux, les Sépharades et les Sabras, qui auraient laissé leurs femmes et leurs enfants aller à l’abattoir comme ces lâches d’Ashkénazes…
75 ans après la libération d’Auchwitz, il n’est pas toujours facile de trouver le ton juste pour raconter ce qui a eu lieu. Impossible également de garder le calme nécessaire face au détachement, aux questions perverses que la Shoah suscite. Même l’historien-narrateur ne pourra pas rester insensible jusqu’au bout en évoquant le passé.
Merveilleusement écrit, ce « Monstre de la mémoire » est un chef d’œuvre.