Sainte Rita – Tommy Wieringa

Sainte Rita – Tommy Wieringa

Sainte Rita est  un roman intimiste, qui nous plonge dans l’univers de Paul Krüzen, un vieux garçon  de 50 ans, un peu fruste, qui vit depuis toujours auprès de son père dont il est devenu le soignant – et l’esclave – à plein temps. Abandonnés tous les deux par l’épouse et la mère, les deux hommes vivent un genre de huis clos où rien ne semble pouvoir bouleverser l’immuable déroulement des petits rituels qui ponctuent le quotidien jour après jour…
L’histoire se passe dans une petite ville isolée des Pays-Bas, à la frontière allemande, ce qui explique sans doute l’activité principale de Paul, qui revend des objets et vêtements militaires des deux dernières guerres mondiales. L’atmosphère n’est pas sans rappeler certains coins isolés de l’Amérique profonde, tant les lieux fréquentés et les personnages rencontrés semblent se fondre dans un paysage figé, où chacun s’observe sans vraiment communiquer.
Paul est seul et n’a pas de véritables relations sociales. Il n’a qu’un seul ami, dont la solitude et le désespoir sont plus profonds encore que les siens. Pour le reste, c’est dans les bras de prostituées asiatiques qu’il trouve parfois le réconfort et la chaleur humaine qui lui manquent cruellement depuis le rejet maternel.
La qualité principale du roman est sans conteste l’écriture sobre, précise, purement descriptive de l’auteur qui nous livre les faits et gestes du personnage principal, sans donner au départ l’impression que ce dernier puisse éprouver un quelconque état d’âme ou qu’il soit capable de sentiments plus nuancés que ceux guidés par la satisfaction immédiate de besoins primaires…
Et pourtant, au fil des pages, se profile un personnage plus profond dont on découvre une autre dimension, plus humaine, plus sensible, en quête de sa part toute simple de bonheur sur terre, mais, surtout, capable de dépasser ses peurs et de se mettre en danger par loyauté et fidélité à la mémoire de son ami…
Sainte Rita est sans conteste un roman qui interpelle, dont on referme les pages en se surprenant à se demander combien de Paul Krüzen ont croisé nos routes, sans même qu’on les remarque !

Chantale