Bullshit Jobs – David Graeber

Bullshit Jobs – David Graeber

Anthropologue et universitaire, Graeber se livre à une analyse serrée des « Jobs à la con », traduction française de « Bullshit Jobs ». L’auteur décortique l’injonction paradoxale à laquelle se résume bon nombre de vies professionnelles : se sentir à la fois très considéré et très occupé en sachant dans son for intérieur que l’on est parfaitement inutile.
Intrigué, Graeber étend ses investigations et découvre que l’expression « jobs à la con » peut s’appliquer à un très grand nombre de fonctions du secteur privé : consultants, responsables de communication, chercheurs en relations publiques, voire les prestigieux « conseillers en stratégie » ou avocats d’affaires.
Une minorité des détenteurs de ces jobs décident même d’abandonner tous leurs privilèges pour se tourner vers des emplois plus utiles à la communauté, comme cuisinier, gardien de gite ou éleveur de moutons bios.

Graeber, met à jour une cruelle vérité : si nous ne remplissions que des emplois utiles à la production de biens, nous aurions besoin de travailler uniquement quinze heures par semaine grâce au boom technologique – robots et intelligence artificielle. Or, outils, richesses et capitaux sont confisqués par 1% des habitants de la planète, toujours bien décidés à n’en laisser que des miettes aux masses anciennement laborieuses.
C’est donc, explique Graeber, en contrepartie de tâches au service du pouvoir des puissants que l’on maintient son emploi. Quitte à ne rien avoir à faire, autant être payé en faisant semblant de travailler au service de ceux qui détiennent le monopole de la richesse. Consultants, cadres financiers, analystes stratégiques ou autres communicants seraient les équivalents des domestiques, montreurs d’ours ou autres cracheurs de feu moyenâgeux qui tiraient leurs revenus des menus services rendus aux châtelains. Cette multiplication des « jobs à la con » prouvant que notre société n’a plus rien de capitaliste mais a pris la forme d’une nouvelle féodalité, dans laquelle servir ou distraire un maître est mieux payé que de produire un bien utile à tous.